Opérateurs du projet onshore Papua LNG, nous sommes présents depuis mars 2014 en Papouasie-Nouvelle Guinée. Malgré une croissance constante au cours de la dernière décennie, ce pays affiche un faible niveau de développement. Ce contexte, auquel s’ajoute la très grande diversité des cultures, de la flore et de la faune de ce pays, nous incite donc à redoubler d’efforts pour mettre en œuvre un projet industriel exemplaire, socialement responsable et respectueux de l’environnement. Certaines innovations sociétales ont ainsi vu le jour dès notre arrivée dans le pays, et nous ont permis de nouer des relations de confiance avec nos parties prenantes, comme l’explique Jérémy Roeygens, Responsable Sociétal de Total E&P PNG Limited.

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Jérémy Roeygens

Actions sociétales

Avant de lancer son projet industriel, TEP-PNG a dû réaliser une étude d’impact sociétal. Comme toutes les autres filiales opératrices du groupe. Quelles spécificités méritent d’être soulignées ?

Jérémy Roeygens : En plus de la conformité avec notre référentiel interne et avec la réglementation du pays, nous avons adopté les standards de la Société Financière Internationale (une organisation du groupe de la Banque mondiale) en vue de la réalisation d’un financement de projet adapté. L’application de ce corpus réglementaire a conduit à un véritable changement d’échelle avec la rédaction de 33 rapports pour la seule phase de Baseline (qui établit un point de référence avant que le projet ne passe en phase de construction) ! S’y ajoutent notamment un rapport spécifique sur les peuples indigènes et une étude d’impact sur les Droits de l’Homme en collaboration avec le Danish Institute for Human Rights.

Nous avons également organisé, conformément à la loi en PNG des road shows dans la capitale Port-Moresby et dans les communautés pour expliquer les études en cours et leurs objectifs : cette initiative – une première dans la manière de faire – a été saluée par les pouvoirs publics et les autres opérateurs pétroliers et miniers de PNG, au point qu’elle sera désormais « une référence pour les autres projets » (dixit l’autorité de tutelle environnementale en PNG).

 

Votre démarche illustre l’importance accordée par Total à ses relations avec les parties prenantes. Un domaine dans lequel le groupe met à disposition de nombreux outils. Quelles innovations peuvent encore voir le jour ?

J.R : L’innovation ne porte pas forcément sur un nouvel outil, mais sur la manière de l’employer. A notre arrivée en Papouasie-Nouvelle Guinée, nous avons eu recours à notre méthodologie interne SRM+ (Stakeholder Relationship Management). Mais au lieu de l’utiliser pour simplement cartographier nos parties prenantes et évaluer notre performance, nous nous en sommes servis pour établir un état des lieux et réaliser une due diligence de la situation sur le plan sociétal, lors de notre prise d’operatorship. L’objectif : connaître la perception des différentes parties prenantes et de l’opérateur précédent et identifier au mieux les engagements passés. Une nouveauté qui s’est révélée fort utile et qui a guidé nos premiers pas.

Comme ailleurs dans le groupe, nous avons mis en place des réunions d’information et de consultation et mis en œuvre un système de traitement des plaintes. Nous sommes allés un peu plus loin dans ce domaine, en mettant à disposition des communautés locales une ligne téléphonique permettant de nous appeler gratuitement, de poser des questions et le cas échéant de déposer une plainte. Et nous sommes en train de finaliser une offre de soutien juridique qui leur est aussi destinée afin qu’ils puissent en toute indépendance le moment venu être capables d’entériner les choix faits.

 

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La contribution au développement socio-économique constitue l’autre pilier de la politique sociétale mise en œuvre par Total. Comment avez-vous choisi de procéder ?

J.R Nous avons fait le choix de commencer par mener des études dont nous venons de recevoir les résultats et qui vont nous permettre d’élaborer, en partenariat avec les autorités et les ONG, une stratégie de long terme.

Ce qui ne nous a pas empêchés, depuis deux ans, d’agir où nous le jugions utile et quand un lien pouvait être fait avec notre business case. Soutien à la gouvernance, accès à l’énergie, à l’éducation, à la santé : dans tous ces domaines, nous n’avons pas hésité à nous engager en agissant comme facilitateur et sans créer de dépendance. Avec l’idée que le plus pertinent n’est pas toujours de dépenser de l’argent mais de tirer profit intelligemment de notre présence, de nos ressources humaines et logistiques, de jouer en somme un rôle de catalyseur pour contribuer efficacement à permettre à ceux dont c’est la fonction d’ accéder au terrain. Entre autres, nous avons pu construire une école en fournissant un soutien logistique à une fondation locale (la communauté locale ayant contribué en fournissant le gîte et en contribuant physiquement au travail) et soutenons, en partenariat avec la Province, des autorités locales et du Ministère du Développement Communautaire, la présence de femmes auxiliaires de santés dans deux communautés (permettant pour la première fois aux femmes de ces villages de donner naissance dans le centre de santé et non plus dans la forêt)…

 

La filiale met donc en œuvre une politique sociétale particulièrement innovante. Comment cela est-il perçu par vos interlocuteurs ?

J.R Notre première partie prenante se trouve en interne. Dès le lancement des études d’impact, nous avons collaboré étroitement avec les ingénieurs du groupe d’avant-projet. Ce qui a permis d’orienter les décisions business et techniques : par exemple nous avons pu ensemble minimiser en amont l’impact sur les populations et éviter notamment de passer dans des zones sacrées. Nos actions sont appréciées comme un véritable soutien aux opérations et au développement du business, et non comme une contrainte supplémentaire.

Nous avons également noué une relation de confiance très forte avec nos interlocuteurs externes. D’autant que nous avons privilégié le recrutement de nationaux, qui nous ont beaucoup appris sur le contexte local et permis de construire notre présence sur des bases durables. Aujourd’hui, nos parties prenantes saluent unanimement notre transparence, notre respect des lois, des us et coutumes de ce pays, et plus généralement la culture et l’identité de notre groupe.