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Menacé par les activités humaines et le réchauffement climatique, le corail héberge un écosystème unique et fragile. Portées par les engagements du Groupe en matière de biodiversité, nos équipes de Recherche & Développement travaillent depuis 2016 sur une solution de réhabilitation rapide et efficace des récifs coralliens en Polynésie française et au Qatar. Entretien avec Philippe Blanc, Chef de volet R&D Monitoring Environnemental, Impact & Restauration des milieux marins.

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Philippe Blanc

R&D

Pourquoi le corail – surnommé « joyau des océans » - est-il si important pour la biodiversité marine ?

Philippe Blanc : Les récifs coralliens sont une association d’animaux vivants (scléractiniens) et de micro-algues (zooxanthelles). Ils occupent moins de 0,1% de la surface des océans et hébergent pourtant 25% des espèces marines, c’est dire leur rôle crucial dans les biotopes marins.

Majoritairement situés dans des zones côtières peu profondes, ils fournissent un large éventail de services écosystémiques (voir plus bas). Ils ont aussi un rôle essentiel dans la préservation des littoraux en les protégeant de l’érosion et des vagues géantes. En emprisonnant du carbone dans leurs squelettes calcaires, tout au long de leur développement, ils forment également des puits de carbone importants qui contribuent à diminuer la quantité de CO2 atmosphérique.

Les coraux sont touchés par un blanchissement sévère au Proche-Orient, dans certaines mers d’Asie et dans l’océan Pacifique. Quelles solutions Total peut-il apporter pour contrer cette perte de biodiversité ?

P. B. : Nous avons lancé le programme REEF pour répondre au manque de solution opérationnelle durable et réaliste de restauration des récifs coralliens à grande échelle. Il s’inscrit dans un contexte de réduction des risques d’impacts environnementaux liés à nos opérations. Il faut cependant rester humble par rapport aux phénomènes globaux qui seront toujours déterminants dans l’état et l’évolution des écosystèmes.

N’oublions pas que la réhabilitation des récifs coralliens en est encore à ses balbutiements… L’approche traditionnelle, utilisée sur Yemen LNG dans les années 2000, se focalise sur le bouturage et/ou le transfert de coraux d’une zone à une autre. Cela fonctionne mais nécessite de nombreuses heures de plongées sur zone, représentant un coût élevé et un risque non-négligeable pour la sécurité des équipes. La translocation de coraux à partir d’une zone d’élevage (« coral gardening ») est une autre technique employée.

De nouvelles méthodes se développent, telle que l’approche sexuée, fondée sur la capture et l’élevage larvaire, mais elle n’est testée pour le moment que sur un petit nombre d’espèces. Quant aux immersions de structures artificielles destinées à favoriser la recolonisation naturelle, elles restent le plus souvent ponctuelles…

Blanchissement du corail dans les mers chaudes du globe - Coral Reef Image Bank

Pouvez-vous nous présenter le projet REEF ?

P. B. : Initié en 2016 en partenariat avec Seaboost, REEF entend restaurer les récifs coralliens au moyen d’une solution innovante qui vise à catalyser de manière passive les processus de colonisation corallienne. Cette solution est basée sur le développement d’un objet artificiel (module REEF) dont les caractéristiques (structure, forme, rugosité, porosité, pH, matériaux, etc.) favorisent la fixation spontanée des larves coralliennes (planulae), leur développement et leur survie.

Une fois colonisé par des coraux, le module REEF est déplacé vers une zone dégradée pour y jouer un rôle de « pile écologique » par réensemencement de la zone (i.e. émission de larves par les colonies coralliennes sur le module REEF). Les récifs sont alors restaurés par connectivité, sur de grandes distances.

Différentes phases de tests se déroulent jusqu’en 2021, en coopération avec le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l'Environnement (CRIOBE), sur l’île de Moorea en Polynésie française. Elles nous permettent de valider la biocompatibilité et les performances de différents matériaux et surfaces choisis pour construire des structures artificielles capables de favoriser la fixation, le développement et la croissance des coraux. Nos travaux de recherche sont cruciaux pour définir les propriétés destinées à optimiser l’installation et le taux de survie des colonies coralliennes sur les modules REEF, tant du point de vue de la diversité que de la quantité.

Début 2020, dans le cadre d’un pilote expérimental développé en collaboration avec la Qatar University et le Total Research Center au Qatar (TRC-Q), nous allons immerger 18 modules REEF par 20 mètres de profondeur d’eau dans le golfe Persique. Au bout de 2 ans environ, certains modules colonisés seront déplacés pour tester leur mobilité. Ce pilote s’accompagne d’une thèse sur la restauration corallienne et le monitoring sous-marin.

Grâce à REEF, quelles ambitions avez-vous pour les récifs coralliens ?

P. B. : Dévolu à la restauration à grande échelle des récifs coralliens, ce type de structures amovibles pourra être implanté en préventif dans une zone « sanctuaire » en vue de leur colonisation, puis transféré à terme sur une zone dégradée.

Avec pour objectif de favoriser la recolonisation et une résilience progressive - deux éléments qui demandent généralement plusieurs années ou s’avèrent impossibles en l’absence d’intervention humaine. Peu à peu, nous espérons que les massifs coralliens dégradés puissent se reconstituer et retrouver leur biodiversité.

Les modules REEF ont été conçus pour être produits, installés et maintenus par les populations locales, contribuant ainsi au développement sociétal et industriel tout en apportant un gain net positif aux communautés concernées.

 

Crédits photos : Coral Reef Image Bank

Coraux dans l'océan Indien - Umeed Mistry - Coral Reef Image Bank

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